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Heinz Zednik

 

  Quelques minutes avant d’apprendre la mort de Pierre Boulez sur France Musique, je lisais le jugement suivant de Heinz Zednik sur la direction de Boulez du Ring du centenaire : « Je crois qu’il n’est pas tout  à fait à son affaire dans cette musique. Il a encore aujourd’hui, des difficultés dans sa manière de la réaliser. C’est délicat à dire, parce que je l’aime beaucoup, je ne voudrais pas le blesser mais…     Je crois que le problème est commun à Boulez et à Chéreau. On ne peut saisir en si peu de temps l’essentiel  d’une œuvre qui appartient si profondément au patrimoine culturel allemand, même s’il a un impact bien plus grand que sur le simple plan national. (…)        Je crois que c’est un homme moderne typique, son domaine est avant tout Stravinsky, Ligeti, Lutoslawski, Stockhausen, etc. Tandis que l’univers wagnérien ne correspond peut être pas  à la chambre particulière de son petit cœur… Il n’est peut-être pas fait pour Wagner. Cela n’a rien à voir avec le fait qu’il est français. Cluytens par exemple, un belge de langue française, était idéal dans Wagner. Il n’y a pas de règle absolue. Quelqu’un éprouve très fort une certaine musique, ou ne l’éprouve pas. Goethe a dit : ‘’Ce que tu ne sens pas, tu ne l’obtiendras  jamais. » » Continuer la lecture de Heinz Zednik

Germaine LUBIN

Germaine Lubin

Des cinq années d’occupation de la France par l’Allemagne nazie la plus sombre fut 1941. Partout Hitler triomphait. Paul Valéry aux obsèques de Bergson, décédé le 4 janvier, dit les paroles suivantes : « Je pensais, au commencement de cette année qui trouve la France au plus bas, sa vie soumise aux épreuves les plus dures, son avenir presque inimaginable, que je devais exprimer ici les vœux que nous formons tous, absents et présents de cette Compagnie, pour que les temps qui viennent nous soient moins amers, moins sinistres, moins affreux que ceux que nous avons vécus en 1940, et vivons encore. Mais voici que dès les premiers jours de cette année nouvelle, l’Académie est en quelque sorte frappée à la tête. M. Bergson est mort samedi dernier, 4 janvier, à l’âge de quatre-vingt-un ans, succombant sans souffrances, semble-t-il à une congestion pulmonaire. » Continuer la lecture de Germaine LUBIN

Nord

 

  « Il faut méditerraniser la musique» dit Nietzsche dans Le cas Wagner. La musique de Bizet le rend « plus philosophe », « meilleur philosophe », « un homme meilleur ». Avec Bizet, « on prend congé du nord humide », son œuvre a « la sècheresse, la  limpidezza de l’air. Ici, le climat est différent à tous les points de vue. Ici s’expriment une autre sensualité, une autre sensibilité, une autre gaieté. Cette musique est gaie : mais non d’une gaieté française ou allemande. Sa gaieté est africaine ; (…) — une sensibilité méridionale, bronzée, brûlée… — Et comme la danse mauresque me réconforte ! » C’est une belle façon de dire l’exotisme et  la singularité du sud. C’est le chemin suivi par Nietzsche pour rompre avec Wagner, pour libérer la musique de « l’emprise du nord », de l’orchestration wagnérienne « à la fois brutale, artificielle et naïve ». Continuer la lecture de Nord

Tannhäuser à l’Opéra de Monte-Carlo

Quelques impressions au sujet de « Tannhäuser » par Flavio Bandin

Ce 25 février tant attendu pour plusieurs raisons était enfin arrivé! J’allais voir ce « Tannhäuser » que j’affectionne particulièrement depuis mon enfance ! Mon père nous racontait une histoire, un opéra, et son récit clair et cette musique m’avaient séduit immédiatement. Continuer la lecture de Tannhäuser à l’Opéra de Monte-Carlo

Aspects de Brünnhilde

Erda nous apprend dans la première scène du IIIème acte de Siegfried quelle est la raison d’être de Brünnhilde :

« Je fis à Wotan don d’une fille : il lui fit choisir les héros tombés au combat. Elle est hardie, elle est sage. » A côté de cette fonction de psychopompe, Brünnhilde est détentrice des connaissances qui lui ont été dites par les dieux, du « riche trésor des saintes runes » (Crépuscule, prologue). Dans la Walkyrie elle se définit elle-même comme la ‘’volonté de Wotan’’ : « Tu parles à ta volonté, me disant ce que tu veux ; qui suis-je sinon ta volonté ? » et Wotan : « Je me parle en te parlant » Elle est, avec les autres Walkyries, un instrument dont use Wotan pour se protéger des menaces de l’armée d’Alberich, ce dernier œuvrant pour récupérer l’anneau. Les Walkyries sont chargées de remplir le Walhall de héros prêts à résister aux entreprises d’Alberich. Continuer la lecture de Aspects de Brünnhilde

Voix de l’Oiseau de la forêt

  Richard Wagner à Louis II, Lucerne-Triebschen, le 24 février 1869 : « Le développement très poussé du deuxième acte m’a en particulier fasciné d’une manière telle qu’il m’a fallu souvent m’arrêter dans le ravissement (…). Je veux vous signaler l’endroit qui m’a inspiré une joie aussi audacieuse. Siegfried a vaincu Fafner ; les fascinants et ensorcelants murmures de la forêt se transmuent en enchantement : il comprend l’oiseau et s’en va comme conduit par un doux étourdissement (…) Quand à nouveau l’oiseau met en garde Siegfried contre Mime qui, de loin, se glisse vers lui en réfléchissant à qui aurait bien pu donner l’anneau au garçon nous entendons très, très bas le motif de la peine toute pénétrée d’amour de Sieglinde la mère, pour ce fils, qu’en mourant elle a mis au monde. L’oiseau tend sans cesse notre attention par de douces phrases prémonitoires (…) Enfin quand Mime aussi est tué, le sentiment de la solitude totale éclate douloureusement chez le garçon si débordant de courage jusque-là. L’ours, le loup, le dragon sont ses seuls compagnons, l’oiseau de la forêt dont à présent il comprend le langage, est le seul être auquel il se sente apparenté. » Continuer la lecture de Voix de l’Oiseau de la forêt

Jonas Kaufmann

  Il n’est pas meilleure expérience que de passer plusieurs heures à écouter parler, entendre chanter et voir Jonas Kaufmann.  Il a la capacité et la lucidité d’analyser l’évolution de sa carrière tant passée qu’à venir. Il la guide avec une conscience aiguisée de ce qu’il peut et de ce qu’il veut. Sa voix est au service de son intelligence. Elle semble être un instrument parfait et néanmoins perfectible, obéissant totalement aux intentions, aux réflexions, aux pensées de celui qui la possède. Il incarne la rencontre merveilleuse du don et du cheminement réflexif, à un degré rarement rencontré dans toute l’histoire de l’opéra. Continuer la lecture de Jonas Kaufmann