LOHENGRIN A L’OPERA BASTILLE

 

Cinq membres du Cercle ont assisté le 30 janvier 2017 à la représentation de Lohengrin à l’Opéra Bastille.

La mise en scène signée Claus Guth, reprise de la production de la Scala de Milan en 2012, est assez déconcertante et représente un Lohengrin inhabituel et bien loin de celui de Wagner. Le metteur en scène situe l’action au 19ème siècle. Il gomme ici tout le côté surnaturel du personnage pour en faire un être faible, désorienté qui ne sait pas lui-même qui il est et pourquoi il est là. Ce anti-héros arrive en scène recroquevillé sur lui-même (pas de nacelle, ni de cygne, pas de cuirasse), en proie à des convulsions et se réveille peu à peu pour chanter « l’adieu au cygne » (mein lieber Schwann) dos au public. Puis il évolue sur scène, pieds nus, se heurtant aux murs à la recherche d’une échappatoire. Ce n’est qu’avec l’amour d’Elsa pendant le duo du 3ème acte, qu’il se découvre et réalise qui il est, avant de repartir comme il était venu, recroquevillé et plongé dans un profond sommeil. Quant à Elsa, elle se réfugie régulièrement près d’un piano qui sera renversé au 3ème acte (!!!), en proie à des hallucinations (enterrement de son père, apparition de son frère affublé d’une aile de cygne ou d’une petite fille qui erre sur la scène, désemparée).

Le décor, austère, représente la cour d’un bâtiment ornée d’une galerie qui fait le tour de la scène et où se déplacent les chœurs. Ortrud et Telramund ont investi les lieux. Ortrud règne sur un époux veule et porté sur l’alcool, totalement sous l’emprise de sa femme tyrannique. Le troisième acte se joue dans la cour transformée en un marécage rempli de roseaux (rappel de la mort du jeune frère d’Elsa, prétendument noyé ?), image très belle au demeurant .

La sensation de cette reprise était bien évidemment le retour sur scène de Jonas Kaufmann après 4 mois de repos forcé. On craignait de ne pas le retrouver à son meilleur et on a été totalement rassuré. Le ténor allemand fait corps totalement avec la mise en scène avec une émission presque désincarnée au premier acte, toujours hésitante au second, avant de donner sa mesure au 3ème acte avec un « mein lieber Schwann» d’une intense émotion chanté comme un lied, sur le souffle en demi-teinte avec les couleurs cuivrées qui caractérisent sa voix reconnaissable entre toutes. Le ténor déploie ici tout son talent : délicatesse du phrasé, piani envoûtants, legato impeccable. L’incarnation, bouleversante, est inoubliable.

A ses côtés, Martina Serafin, annoncée souffrante (!), fait face au rôle d’Elsa avec une voix lumineuse, une diction impeccable. On peut seulement lui reprocher d’incarner davantage une femme qu’une pure jeune fille.

Evelyn Herlitzius, malgré une voix très abîmée, campe une Ortrud machiavélique, terrifiante, impressionnante dans ses imprécations. Elle fait preuve de dons de tragédienne qui avaient été révélés dans l’Elektra de Patrice Chéreau.

Le baryton Tomasz Konieczny lui donne la réplique avec une voix à l’émission un peu curieuse, mais caractérise parfaitement un personnage veule, impuissant et brutal totalement sous l’emprise de sa femme. René Pape déploie ici sa voix au timbre riche et profond. Egils Silins est sans reproche dans le rôle du héraut.

Les chœurs sont superbes, et l’orchestre est magnifiquement dirigé par Philippe Jordan, toujours attentif aux chanteurs, précis dans sa direction, allégeant l’orchestre tout en insufflant à certains passages la puissance nécessaire. Les cuivres sont magnifiques.

Au total, une superbe représentation malgré les réserves formulées sur la mise en scène.

Cristiane Blémont

 

 

 

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