La solitude de Sieglinde

La correspondance entre ce que la réalité nous présente et ce que notre imagination voudrait, atteste de notre propension à un idéal éthique et esthétique. C’est une fonction principale de l’art que de métamorphoser la laideur du réel en émerveillement. Traverser l’existence avec ces ponts constants entre l’expérience du réel et l’activité de l’imaginaire ou bien l’inverse, est comme une vocation, et rend disponible à l’appel que les choses nous adressent. Aussi, la photographie du visage de Léonie Rysanek qui illustre la page française de Wikipédia nous transporte irrésistiblement à l’évocation de Sieglinde. Le regard est extraordinaire. Une limpidité divine est immédiatement frappante, toute la pureté d’une âme affleure, l’attestation de toute la justification à exister soi est hautement affirmée. De l’ensemble de l’expression émane une extraordinaire intelligence, à la fois concentration de l’esprit, énergie indomptable, légère tristesse aussi, et presque un éclat de rire prêt à jaillir à la face du monde. Le visage réel de Léonie Rysanek, arrêté à tout jamais dans son éternelle jeunesse, comme un visage glorieux et ressuscité, concrétise l’idéal de notre imaginaire lorsqu’il se porte sur l’image de Sieglinde.

Léonie Ryzanek est décédée le 7 mars 1998, deux ans auparavant, elle faisait ses adieux au Metropolitan, le 2 janvier 1996, à l’issu d’une représentation de La dame de Pique. YouTube montre une ovation finale de près de 10 minutes, on y voit la ferveur des chanteurs, des musiciens, du public. Rétrospectivement, ce n’était pas seulement un adieu à la scène, mais aussi un adieu à la vie, deux jours avant elle avait appris qu’elle avait un cancer.

Son ampleur vocale déploie toute sa puissance dans son retour à Bayreuth en 1982, après quelques années d’absence sur cette scène, dans le rôle de Kundry, et elle interpréta aussi le rôle à Paris la même année, avec Siegfried Jérusalem en Parsifal. La fin du IIe acte est exemplaire de la spécificité de Léonie Rysanek. Par la diversité des couleurs de son chant, l’alternance de vrais aigus à de vrais graves, par le constant volume de sa voix, elle rend à la complainte de Kundry (« Grausamer ! Fühlst du im Herzen nur andrer Schmerzen so fühle jetzt ach die meinen! Cruel! – Si, en ton cœur, Tu ne ressens que les douleurs d’autrui, Ressens aussi les miennes!… ») toute sa vérité abyssale : elle a ri devant le Christ en croix.

Dans sa chronique consacrée à Léonie Rysanek, le 7 mars 2013, Franz Muzzano remarque que l’on ne peut parler de belle voix. Et en effet dans le rôle de Kundry la voix n’hésite pas à être rauque, détimbrée, et au moment suivant d’une douceur de fine étoffe. Franz Muzzano ose, avec raison, parler de sommet du chant wagnérien (on peut écouter la totalité de l’acte II de Bayreuth 1982 sur le site mixclound.com).

Le 25 juin 1986 Léonie Rysanek accorda une longue interview au journaliste américain Bruce Duffie. Elle est révélatrice de bien de traits de caractère de Léonie Rysanek, c’est la raison pour laquelle je la restitue dans sa presque totalité. Bon nombre de questions portent sur son approche de Wagner. Quel est le secret pour chanter Wagner ? demande le journaliste. – Je n’ai pas chanté Wagner tant que cela. C’est toujours comme une grossière erreur faite par tout le monde que de penser que je suis une fameuse chanteuse wagnérienne. Je chante seulement ce que l’on appelle ‘’Jugendliche’’ (les jeunes {femmes}). J’ai chanté Senta, Elisabeth, Sieglinde, Elsa, et maintenant Kundry mais c’est très hoch dramatic (très spectaculaire) comme rôle, et très lourd. Je l’ai chanté très tard et j’ai aussi chanté Ortrud très tard. J’ai abandonné Elsa pour Ortrud. J’aime chanter Wagner, mais je n’ai jamais chanté les rôles lourds, à l’exception de Kundry. Je n’ai jamais chanté Brünnhilde pas plus qu’Isolde. Ainsi je ne suis pas une vraie soprano wagnérienne. Si vous parlez de soprano wagnérienne vous pensez en premier à Brünnhilde et Isolde, ce genre de choses. Sieglinde est un rôle que j’aime, et je ne veux pas le laisser.

–B.D. : Parlez-moi de Sieglinde. Quel genre de femme est-elle ? –L.R. : Une femme merveilleuse ! Je pense qu’elle a un tempérament fantastique, tout au long de l’opéra. Je ne le dis pas parce que je chante le rôle, mais parce que je ne voudrais pas chanter Brünnhilde en Walkyrie. Je pense que Sieglinde à une position plus valorisante! Elle est humaine, elle est confiante, elle est ardente, elle est passionnée, elle souffre. Brünnhilde est ce que l’on dit en allemand ‘’Weder Fisch not Fleisch‘’ ‘’Ni chair ni poisson’’, elle est entre les deux. Elle ne sait pas réellement ce que l’amour signifie. La première chose que ressent Brünnhilde est la pitié. Plus tard elle sera une grande figure. La seule Brünnhilde que j’aurais aimé chanter serait celle du Götterdämmerung. Mais je ne le ferai jamais, c’est trop tard. Brünnhilde est l’aspect essentiel du drame. Je pense que Sieglinde a son rôle dans Die Walküre, après Wotan, mais c’est une merveilleuse partition.   –  B.D. : Brünnhilde, aussi grandit et se développe dans le Ring ? – L.R. : Oh oui ! Oh oui en effet. C’est le beau côté de Brünnhilde. Le commencement est vocalement très haut, très bas, très calme en un certain sens … jusqu’à ce qu’elle rencontre Siegmund. Pour la première fois elle éprouve de la pitié, non de l’amour, de la pitié. C’est la première chose qu’elle apprend concernant l’humanité. Et ensuite dans Siegfried et Götterdämmerung… Silence  — B.D. : Elle tombe amoureuse et est trahie –Vraiment, absolument. – Ainsi elle parcourt toute la gamme des émotions, en un ou deux jours. –  L. R. Oui, vous savez, Wagner voulait appeler ‘’Die Walküre’’ ‘’Wotan’’, ce qui aurait été plus juste, puisqu’il est le personnage essentiel. Bien que n’apparaissant qu’au second acte, il est la grande affaire. Plus tard, dans Siegfried il le sera moins. — B.D. : Bien qu’il ait une scène importante dans chaque acte. Dans  le Götterämmerung il n’intervient pas. On parle seulement de lui. Ryzanek éclate de rire : — C’est son meilleur rôle ! – B.D. : C’est ma partie : je peux chanter Wotan dans Götterdämmerung ! Elle continue de rire. —  B.D. : Parlez-moi de Senta. –L.R. : C’est ce que l’on appelle mon ‘’Schicksal’’, ma part de destinée. Quand j’étais une jeune chanteuse, – et j’ai aussi été jadis une jeune chanteuse, une débutante ! – quand les théâtres allemands me demandaient ce que je voudrais chanter pour mon engagement, je disais Senta et Sieglinde parce que je pensais que ces rôles avaient été écrits pour ma voix, pour mon tempérament pour tout ce que je suis. Je les ai chantés durant de très, très nombreuses années, et c’est le cœur lourd que j’y ai renoncé parce que je ne pouvais plus les interpréter comme autrefois. C’est le secret, ne faites plus ça, ne détruisez pas votre propre légende. –B.D. : Y-a-t-il des similarités entre ces deux femmes, Sieglinde et Senta ? –L.R. : Pas vraiment. Je pense que Senta est plus comme une somnambule. Elle n’est pas réelle, mais Sieglinde est très réelle, elle souffre vraiment. Je ne pense pas que Senta souffre. Elle souffre à l’ultime fin parce que le Hollandais l’accuse de choses qu’elle n’a pas faites. Mais Sieglinde a été une véritable héroïne, et elle l’est toujours. C’est une femme très forte. Elle est celle qui dit au premier acte « Tu n’es pas Friedmund ». C’est elle qui conduit le premier acte. C’est un rôle magnifique. – B.D. : Est-ce que le Hollandais est plus abordable en une seule partie ou séparé en trois actes? – L. R. : Etrangement, je ne l’ai jamais chanté en continu. Je l’ai chanté tant de fois, mais jamais selon cette option. Je n’oublierai jamais ma première Senta au Met. Ils applaudissaient à partir de la fin du deuxième acte et par moments durant le troisième. Cela ne s’est jamais, jamais plus reproduit de ma vie. Je ne l’oublierai jamais. C’était avec mon très cher George London. Nous l’avions chanté l’année précédente à Bayreuth avec la même production. Au Met London me dit : «  Nous le refaisons, bien que nous soyons un très vieux duo, aussi vieux que Wagner! Aussi nous avons rejoué comme à Bayreuth et cela a marché fantastiquement. C’est un de mes points cruciaux, j’ai beaucoup de Senta, mais celle-là était vraiment inoubliable. – B.D. : Y-a-t-il une connection entre l’écriture vocale de Wagner et l’écriture musicale de Strauss ? — L.R. : Non, je pense que Strauss est idéal pour une soprano, si vous êtes l’excellence dans la tessiture. C’est très difficile, mais si vous y arrivez, c’est l’idéal. La difficulté avec Wagner, ce ne sont pas les notes aigües, c’est la longue gamme intermédiaire, vous avez besoin d’une voix longue, grande, plate, voix médiane. Ou vous ne vous préoccupez pas du médium et vous ne chantez que les notes aigües, mais vous n’êtes pas dans la balance, je pense. C’est la raison pour laquelle je ne chante pas les choses lourdes, parce que ma voix médiane, quand j’étais jeune, n’était pas la meilleure. J’ai toujours eu une très facile voix aigüe. Je peux faire ce que je veux avec cette voix aigüe. Quand les critiques écrivaient à mon sujet, ils disaient toujours : « Pourquoi n’a-t-elle pas toujours la même réussite dans le médium qu’à l’aigu? C’était peut être bon, mais toujours plutôt autour (rires). Comme jeune chanteuse, avec une voix jeune, si vous êtes trop lourde dans la partie médiane, cela vous en coûte en partie dans les aigus. –B.D : Quand vous êtes en scène jouez-vous le rôle ou êtes-vous le rôle ? – L.R. : Si vous me le demandez, il est difficile de parler univoquement. Mais je pense que je n’ai jamais joué un rôle. J’ai eu une très longue interview la semaine dernière pour la télévision autrichienne. C’est un très célèbre programme qui s’appelle Zeitzeugen – témoins de l’époque – Cela montre combien je suis vieille ! Quel honneur ! Ils m’ont demandé « Vous êtes renommée pour votre personnalité extravertie sur scène. Comment faites-vous, que faites-vous ? Ma réponse fut « Je ne sais pas ». Honnêtement, je le jure devant Dieu, je ne sais pas. Bien sûr je connais la partition, je connais les histoires. Je lis les livres, tout, mais quand je suis sur scène, je change. Bien sûr je ne suis pas une meurtrière. Mais le rôle est en moi. Je ne suis vraiment pas du genre à penser des choses sur scène. Si j’entends la musique, je suis totalement impliquée, je suis le rôle, et parfois après une représentation – même au concert – vous devez me réveiller. C’est comme un autre monde. Il n’y a pas de raison, c’est ainsi. C’est la seule explication que je puisse vous donner!

  Le prolongement de cette extraversion à la scène a donné lieu à une légende, le Rysanekschrei (Le cri de Rysanek). Le 28 juillet 1958, au festival de Bayreuth, Léonie Rysanek chante Sieglinde auprès de Jon Vickers dans le rôle de Siegmund, Hans Knappertsbusch au pupitre. Au moment où Siegmund arrache l’épée de l’arbre, Sieglinde (Rysanek) pousse un long cri. Le cri n’est pas dans la partition et Léonie Rysanek dit qu’il a surgi malgré elle, emportée par la puissance de la scène. L’acte se termine, elle regagne sa loge, revenue à elle et confuse, elle s’attend à la réprimande et à la colère de Wieland Wagner dont elle entend les pas. Il la remercie au contraire et lui demande d’inclure dorénavant ce cri dans sa prestation. La rumeur veut que ce soit à la Scala de Milan le 29 avril de la même année que le cri est né, sous la direction de Karajan. L’origine du Rysanekschrei reste indécise, afin que son identité échappe à tous et vive de la seule Sieglinde. D’autres chanteuses l’ont tenté après Léonie Rysanek, mais il ne s’insère pas dans la scène avec toute la vérité qu’elle seule a su lui donner.

  Car ce cri exprime authentiquement la vérité de Sieglinde. C’est un cri d’exaltation, de délivrance, il expulse toute la souffrance endurée par Sieglinde prisonnière de cette ignoble brute d’Hunding. Combien d’années a-t-elle dû souffrir ses sévices enfermée dans sa solitude? Comment ne pas être bouleversé par le récit de Sieglinde : « O merke wohl, was ich dir melde! Der Männer Sippe sab hier im Saal, von Hunding zur Hochzeit geladen Er freite ein Weib, das ungefragt Schächer ihm schenkten zur Frau. Traurig sab ich, während sie tranken ;(…) O fänd’ich ihn heut und hier, den Freund; Käm’ er aus Fremden zur ärmsten Frau : Was je ich gelitten in grimmigem Leid, was je mich geschmerzt in Schande und Schmach süBeste Rache sühnte dann alles ! »  « Ecoute ce que je t’apprends! Ici se tenait la clique des hommes invités au mariage par Hunding : une femme il prenait que, non consultée, des larrons lui avaient offerte. Triste j’étais alors qu’ils buvaient ; (…) Oh, si je trouvais aujourd’hui l’ami, venu de loin vers la plus malheureuse : ce que j’ai souffert effroyablement, ce qui m’a fait mal dans la honte et l’opprobre, la plus douce vengeance le paierait ! » A l’instant où Siegmund apparait comme la promesse tant attendue Sieglinde est transfigurée. Un torrent de vie la gagne toute entière. Le cri interrompt l’écoulement du temps pour résonner dans l’éternité, il n’est déjà plus le cri de Sieglinde mais le soufflet que la joie inflige au désespoir. Mais déjà le malheur rattrape Sieglinde dès l’acte suivant.

  La fuite est effroyable. Trop longtemps elle a été abandonnée, utilisée par Wotan comme simple appât pour attirer celui qui pourra le tirer d’affaire. Au troisième acte elle n’aura pas droit au moindre crédit d’existence de sa part, tout entier qu’il est à sa colère contre Brünnhilde alors que Sieglinde n’est pas moins sa fille que la Walkyrie. Libre, elle est incapable de se supporter et n’aspire qu’à être rejetée par Siegmund : « Hinweg ! Hinweg ! Flieh die Entweihte ! Unheilig umfängt dich ihr Arm ; entehrt, geschändet schwand dieser Leib : flieh die Leiche,lasse sie los!  (…) Grauen und Schauder ob Gräblichster Schande mubte mit Schreck die Schmähliche fassen, die je dem Manne gehorcht, der ohne Minne sie hielt! Lab die Verfluchte, Lab sie dich fliehn! Verworfen  bin ich, der Würde bar! Dir reinstern Manne mub ich entrinnen  dir Herrlichem darf ich  (…)“ “Va-t’en! Va-t’en! Fuis la profanée! Impie, son bras t‘enlace ; déshonoré, souillé, son corps s’abandonna; fuis le cadavre, lâche-le  (…) c’est le frisson d’horreur de l’opprobre effroyable qui de l’ignominieuse dans l’effroi se saisit d’avoir obéit à l’homme l’ayant prise sans amour! Renonce à la damnée, laisse- la te fuir ! Je suis réprouvée je suis indigne, je dois t’échapper.» Folle de douleur, elle s’évanouit.

  Elle se réveille pour voir s’affronter les hommes, non plus l’aimé et le haï, mais des pantins ivres de tuerie, hommes faisant l’Histoire dont ils ne sont pourtant que les jouets et que les Dieux, ou l’Esprit (Hegel) manipulent, Histoire de laquelle les femmes, à leur honneur, sont exclues : « haltet ein, ihr Manner! Mordet erst mich » « Les hommes arrêtez –vous ! Assassinez-moi d’abord ».

 Brünnhilde, qui vient de la sauver, qui lui annonce un enfant à venir (rien n’empêche vraiment de penser, après tout, que cet enfant ne puisse pas être celui de Hunding) l’avertit de ce qui l’attend pour pouvoir échapper au courroux de leur père : «Enfuis-toi donc, tournée vers l’Est ! D’un fort courage  supporte les peines – la faim, la soif, les épines, les pierres ; ris des souffrances qui te rongeraient ». Les Walkyries lui disent ce qu’est où elle va : Siegrune : « Vers l’est, au loin, s’étend la forêt, Fafner y garde le trésor des Nibelungen. » Schwertleite : « Le sauvage y prit d’un dragon la forme, dans la grotte il veille sur l’anneau d’Alberich ! » Grimgerde « Ce n’est rien de bon pour une faible femme ». A tout jamais seule, Sieglinde fuit vers les terribles contrées de Neidhöle. Sa fin, nous la saurons du misérable et miséreux Mime, au premier acte de Siegfried : « Jadis une femme gémissante gisait dans la forêt : je l’ai faite entrer dans la grotte, pour qu’elle se chauffe au foyer. En son sein elle portait un enfant ; elle accoucha ici ; elle se tordait de douleur, je l’aidai comme je pus : c’était terrible ! elle mourut – mais Siegfried se remit. ».

  Dans la fraction d’instant du cri, Sieglinde touche à l’intemporel, protégée de l’ignominie du passé et du naufrage du futur. Seule dans son cri, mais d’une solitude sublimée. L’initiative de Léonie Rysanek est plus qu’une liberté d’interprétation, elle est un véritable coup de génie artistique qui sublime toute la Walkyrie, et dont l’écho sonne encore dans toute l’œuvre.

  Tout le tragique de la Tétralogie est recouvert, au dire même de Wagner, de l’ombre des ‘’ théories de Schopenhauer sur la négation de la volonté’’ comme le dit M. Edouard Sans dans son article Wagner, Schopenhauer et l’Anneau dans l’Avant-Scène consacré à la Walkyrie. Une autre perspective philosophique pourrait être envisagée. C’est celle du philosophe américain Ralph Waldo Emerson (1803-1882), quasi contemporain de Wagner. Dans un essai intitulé Compensation, son intuition de départ est que tout montre que tout homme est porteur d’un rayon de divinité, que l’âme agit en permanence sur le monde. Partant de là, sa thèse consiste à montrer, par des foules d’exemples et de démonstrations, que toute réalité naturelle, que toute circonstance, que tout acte humain s’inscrit dans un équilibre entre positif et négatif, puissance et faiblesse, bien et mal, joie et souffrance, etc. les uns ne pouvant se concevoir sans les autres, les uns compensant les autres. « Il n’y a pas de mise à l’épreuve sans compensation, et il n’est rien de plus désirable que de déterrer un trésor. Partant de là, je me réjouis d’une sereine paix éternelle. » Peut-être est-ce la clef de la compréhension du thème inattendu de la Rédemption par l’amour à la fin du Ring. C’est précisément à Sieglinde que revient l’introduction de ce thème au moment où Brühnnilde la sauve. La toute fin du Ring, par ce thème, est donc placée sous le signe de Sieglinde : compensation. Et ainsi aussi on peut penser que l’usure par la vieillesse, par la maladie, par la mort, de Léonie Rysanek trouve sa compensation dans l’éternité réelle de son jeune visage.

 Au disque, nous pouvons entendre Léonie Rysanek dans le rôle de Sieglinde dans de nombreux enregistrements entourée de :

James King, Birgit Nilsson, Theo Adam, Gerd Nienstedt, Karl Böhm, Orchestre de Bayreuth, 1967   Decca.

James King, Bérit Lindholm, Thomas Steward,     Lorin Maazel, Orchestre de Bayreuth,  1969  Opéra Depot

Jon Vickers, Birgit Nilsson, Thomas Steward, Berislav Klobucar, Orchestre du Metropolitan, 1968 Sony

et bien d’autres, mais ma préférence : Martha Mödl, Ludwig Suthaus, Ferdinand Frantz, Wilhelm Furtwängler, Orchestre de Vienne 1954, Naxos, parce que Ludwig Suthaus est un des rares à être à la hauteur de Ryzanek, et l’orchestre est un éther pour sa voix.

Et bien sûr Le Vaisseau fantôme avec George London, Anton Dorati, Chœurs et Orchestre de Covent Garden, 1960 Les indispensables de Diapason.

 

                                                                                          Michel Olivié, février 2017

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