Hommage à Edouard Sans.

Notre cercle vient de perdre un membre particulièrement éminent en la personne d’Édouard Sans, décédé le 22 avril 2017.

La petite église de Prat Communal était trop petite, le 26 avril, pour accueillir tous ceux qui aux côtés de son épouse et ses deux filles, avaient tenu à lui rendre un dernier hommage, recueillis autour de son cercueil recouvert du drapeau tricolore, témoin de son engagement et de son amour pour la France. C’est face à une assemblée émue que sa fille lut le texte qu’il avait lui-même rédigé, quelques années plus tôt, dans la perspective de sa messe de funérailles, texte dans lequel il exprimait sa foi profonde en Dieu.

Edouard Sans repose désormais en paix dans le petit cimetière jouxtant cette église, au cœur de son hameau natal, à l’ombre des Pyrénées ariégeoises. Né en 1934 dans cette vallée sauvage, de parents fermiers, le voici rendu à sa terre dont la rudesse avait participé à forger son caractère courageux, vaillant et solide, lui donnant le sens du juste et du vrai, valeurs qui ne s’apprennent pas dans les livres mais au contact de la vie et de ses exigences.

Transcendant ses racines rurales, il devait devenir un intellectuel brillant, aspirant à toutes formes de savoirs. Son cheminement intellectuel dès son enfance a fait de lui un pur exemple de la méritocratie républicaine, au temps où, sous la férule d’instituteurs totalement investis dans leur mission, il était accordé aux enfants de nos villages, pour peu qu’ils en aient reçu de la nature le don, de s’élever par le travail au plus haut niveau des connaissances et aux plus brillantes fonctions. Admis au Concours des Bourses en 1945, il avait effectué ses études secondaires au lycée de Foix, avant de rejoindre Pierre de Fermat à Toulouse, pour y étudier  deux années durant les Lettres Supérieures. De là, il avait intégré la classe de Première Supérieure du lycée Louis-le-Grand à Paris, puis l’École normale supérieure de la rue d’Ulm. Agrégé d’allemand, il enseigna tout d’abord au lycée de Metz, puis à celui de Pau, étape préalable à sa nomination comme assistant à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Rennes. Il allait s’orienter ensuite vers une carrière administrative aux implications multiples. Il fut successivement Inspecteur d’Académie à Rodez, puis à Auch. Titulaire d’un Doctorat d’État, il exerça aussitôt après, six ans durant, les fonctions de Directeur de l’Enseignement Français en Allemagne, avant de revenir dans sa région natale comme inspecteur d’académie à Carcassonne puis inspecteur pédagogique régional à Toulouse de 1982 jusqu’à sa retraite en 1994.

Les événements politiques, plus particulièrement la guerre d’Algérie, l’avaient amené au début de sa carrière à s’investir dans un domaine bien différent de ses préoccupations littéraires et universitaires. Il remplit ses obligations militaires avec la vaillance et le sens du devoir qui lui étaient propres, depuis sa formation à l’Ecole de Cavalerie de Saumur jusqu’à ses deux années de service en Algérie comme lieutenant. Il quitterait le service avec le grade de Capitaine de réserve. Ses mérites, tant dans le domaine universitaire que militaire, lui ont valu de recevoir la Croix de la Valeur Militaire avec étoile de bronze, la Croix de Combattant, puis, au fil d’une carrière vouée à l’enseignement, d’être promu au grade d’Officier des Palmes Académiques et de l’Ordre National du Mérite et, consécration ultime, d’être nommé Chevalier de l’Ordre de la Légion d’Honneur.

Nous ne citerons pas ici ses nombreuses publications au service de la recherche pédagogique, littéraire et philosophique. Notre Cercle retient tout particulièrement sa thèse de doctorat publiée en 1969, Richard Wagner et la pensée Schopenhauerienne, ouvrage magistral faisant autorité dans le domaine des études wagnériennes. Il a été réédité en 1999 par les Editions Universitaires du Sud. Cette thèse témoigne chez son auteur d’une triple vocation, celle de germaniste bien sûr qui avait décidé de sa carrière, celle de musicologue averti au service d’un compositeur qu’il vénérait entre tous, et enfin celle de philosophe, qu’il avait dû sacrifier non sans regret, lors de son orientation au Concours d’Agrégation. L’irruption fulgurante de la philosophie de Schopenhauer dans l’univers wagnérien pendant l’exil zurichois, la fascination éprouvée par le dramaturge à l’endroit de cette philosophie, venaient, d’une certaine manière, sous la plume d’Édouard Sans, établir une synthèse entre les différents pôles d’intérêt qui l’avaient lui-même captivé, dès l’orée de ses études supérieures : germanisme, musique et philosophie.

Adhérent de notre cercle depuis sa fondation, il participait de manière assidue, parfois accompagné de son épouse Colette, aux différentes rencontres dont celui-ci était le cadre. Il enrichissait de son remarquable savoir les échanges culturels et musicaux qui s’y déroulaient. Il en était un des conférenciers attitrés et ô combien écouté. C’est ainsi qu’il traita lui-même les sujets les plus divers :

  •             Tristan et Isolde, aspects littéraires et philosophiques,
  •             Le drame wagnérien, hellénisme ou germanisme,
  •             Richard Wagner et le monde animal,
  •             La Walkyrie,
  •             Wagner et la Nature,
  •             Wagner et la pensée schopenhauerienne,
  •             Wagner et le mythe,
  •             Wagner et la religion,
  •             Wagner et le romantisme,
  •             Réflexion sur la mise en scène du drame wagnérien.

En dehors de ses propres prestations, ses interventions, toujours pertinentes et précieuses, ne manquaient pas de nourrir les dialogues qui s’instauraient à la fin des différents exposés.

Toujours disponible, il n’hésitait pas à répondre aux sollicitations des autres cercles pour partager sa grande connaissance de l’œuvre de Richard Wagner.

Il collabora également à la réalisation des Cahiers Wagnériens que notre Cercle édita de 1995 à 2000, en faisant partie du comité de lecture.

Affaibli par la maladie, il s’était progressivement éloigné de nous, n’hésitant pas toutefois à réapparaître occasionnellement, malgré sa faiblesse physique, chaque fois qu’un sujet qu’il jugeait de quelque importance le sollicitait. Avec lui, les membres du Cercle Richard Wagner de Toulouse, viennent de perdre non seulement une intelligence précieuse au service de la cause wagnérienne et plus largement au service de la culture et de la musique, mais aussi un adhérent particulièrement apprécié pour sa courtoisie et sa profonde modestie. Faut-il ajouter qu’ils perdent plus encore, un ami. Ils trouveront une consolation, dans la survivance de ses nombreux écrits.

Jean Pambrun,  Anne-Elizabeth Agrech,  septembre  2017

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