Tannhäuser à l’Opéra de Monte-Carlo

Quelques impressions au sujet de « Tannhäuser » par Flavio Bandin

Ce 25 février tant attendu pour plusieurs raisons était enfin arrivé! J’allais voir ce « Tannhäuser » que j’affectionne particulièrement depuis mon enfance ! Mon père nous racontait une histoire, un opéra, et son récit clair et cette musique m’avaient séduit immédiatement.

« Tannhäuser » à l’Opéra de Monte-Carlo dans la version de Paris composée expressément par Wagner lui-même  et Charles Nuitter en Français : beaucoup d’espoir et d’attentes…

Enfin j’avais aussi choisi cet opéra pour initier ma partenaire de cette belle soirée à l’univers enchanteur de Wagner.

Malgré des points faibles, des prestations par moments inégales et une relecture finale inattendue, je peux affirmer nous concernant que la magie fut !

 Bien évidemment  les polémiques aussi…

Le plateau vocal a révélé de belles surprises là où l’on s’y attendait le moins :                    

Je fais ma révérence au pâtre, une Anaïs Constans à la voix claire, lumineuse, impeccable malgré des instants fugaces où sa voix devenait presque inaudible par suite d’une mise en scène qui a pénalisé d’ailleurs l’ensemble des voix.

Le Landgrave interprété par Steven Humes, puissant, convaincant, impressionne par sa seule présence.

Un Wolfram limpide interprété par Jean-François Lapointe, dont le jeu exhale le désarroi, la tristesse, nous a émus. J’ai toujours aimé les anti-héros, les personnages wagnériens qui portent le poids d’aimer dans l’abnégation, dans la souffrance, comme le bon roi Marke dans « Tristan et Isolde ».

Mais s’il y a quelqu’un qui souffre jusqu’au désespoir, c’est bien Elisabeth. Annemarie Kremer nous a donné une Elisabeth à la voix égale, sans failles malgré les effets de la mise en scène, très émouvante et très humaine. Je dis humaine pour ne pas dire charnelle, moins spirituelle qu’à l’habitude, par une mise en scène allant dans ce sens. Mise en scène discutable et surtout éloignée de l’idéal spirituel que devrait incarner le personnage : un idéal d’ailleurs tellement rejeté par la vision actuelle des metteurs en scène ! Elisabeth ne meurt pas, ne s’élève pas vers Dieu comme une offrande pour l’expiation des pêchés de son bien aimé. Elisabeth se suicide, elle ouvre ses veines face à un Wolfram perplexe.

J’ai expressément laissé le pêché et la luxure pour la fin, car j’attendais la rédemption et le pardon l’emporter sur la part obscure de l’homme.

 Aude Extremo – une belle Venus, très engagée dans son rôle face à un Tannhäuser sous héroïne, comme absent, elle assure mais déraille avec des aigües un peu métalliques, dans un Venusberg un peu kitch. Heureusement la vidéo et les effets de lumière mettaient dans l’ambiance, même si par moments de manière un peu oppressante.

José Cura en Tannhäuser met tout son art dans l’interprétation et arrive à convaincre malgré une mise en scène qui dessert un peu le personnage. Des moments très beaux montrant une voix puissante, ronde, mais d’autres à la fin avec des pianissimi mal maitrisés. A plusieurs reprises, on a eu l’impression qu’il toussait. Quelle idée de lui faire fumer une pipe au premier acte ?

Mais son interprétation de Tannhäuser est crédible et je l’ai crue, j’ai vu sa faiblesse face à la volupté et ses charmes, son désespoir, sa lutte, tout cela chanté à pleine voix, j’ai vu aussi son repentir et j’attendais le pardon, la compassion des hommes, puisque Dieu nous avait montré « le signe » de sa rédemption. En revanche comme lui, je suis resté sans voix  devant des hommes remplis de haine, des revolvers à la main, faisant leur propre justice.

Un honorable chœur des pèlerins pourrait en contre partie, rendre l’humanité plus bienveillante. Dommage que la faiblesse du chœur des femmes, si essentiel pour rendre le tout plus lumineux, ait manqué le rendez-vous.

Je ne suis pas musicologue ni musicien, cependant je pourrais affirmer que Nathalie Stutzmann a su faire honneur au maitre avec une direction précise. Seul bémol : un orchestre par moment trop puissant pour une salle peut être pas adaptée et des voix par moments amoindries en fonction de l’emplacement scénique.

Mais au-delà de toutes ces impressions subjectives, la musique est faite pour émouvoir à travers sa puissance, la puissance de son message. L’œuvre est indissociable de celui qui l’interprète et si l’alliance est réussie, un frisson en résulte, quelque chose qui va au-delà de toute analyse. Ma partenaire de cette belle soirée, absolument néophyte, m’a fait le plus beau cadeau en tant que Wagnérien inconditionnel  en me disant : « Merci, maintenant je te comprends, cette musique, comme un inexplicable frisson m’a transportée…. ».

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